Moi...l'homme a abattre

Je mourrai entre le 28 juin 13:12 et le 8 juillet 15:22.

Cela ne m'effraie guère. Quelques jours plus tôt ou quelques années plus tard? Peu importe si l'issue a été modulée et configurée fatale dès la conception. Si la fin a été considérée en même temps que le début. Pourquoi, l'unique vérité absolue devrait engendrer autre chose que cette sorte de résignation que l'on qualifierait à tort de fatale. L'inévitable s'accepte et s'intègre.

 

J'étais devenu, d'une année à l'autre, l'homme par qui le scandale et le déshonneur s'étaient introduits dans son foyer. J'étais vu et traité comme cette brèche mal famée, cette fente immonde qui laissa passer l'opprobre et l'ignominie dans cette âme malheureuse peut-être,  mais qui supportait la routine d'une vie résumée aujourd'hui à l'avenir et au bonheur de sa petite fille.

L'année d'avant,  elle avait suivi mon déplacement à la loupe. Elle avait chronométré le trajet à la minute et au kilomètre près.

Cette fois, on ne se verra pas.

Elle m'avait averti que l'on serait mis  sous haute surveillance. Il avait eu de fortes suspicions. Il était non seulement au courant de notre affaire,  mais il savait sans équivoque que c'était moi. L'homme qui séduisit sa femme. Celui qui prit toute la place dans sa vie pour s'y installer  comme digne maître et unique  et seigneur.

Il lui aurait avoué avoir découvert et retrouvé des preuves irréfutables de cette liaison qui la maintenait accroc et accrochée à son blackberry du matin au soir.  Une attention calquée sur le fuseau horaire européen.

De forts soupçons concernant ses sources d'information,  tombèrent automatiquement sur les communications électroniques. Une messagerie laissée connectée.  Un email non refermé après lecture. Une page Facebook non déconnectée après utilisation.

Ceux sont là, les risques inhérents à l'utilisation de ces outils que fournissent les nouvelles technologies.

Tous les hommes vivent très mal le cocufiage. Se sentir supplanté par un autre homme est logique et pratiquement insupportable. Surtout quand dans sa tête,  on se prend pour l'un des puissants de ce monde.

La rage de l'indignation, la colère de l'avilissement lui avaient rongé l'esprit pour en faire un récipient regorgeant de haine. Une éponge trempée dans le fiel de la colère noire, sourde et brumeuse qui  réclamait vengeance.

 Sa vie, enlisée sous cette couche de honte coulée de façon épaisse par cet amour fougueux, fou et jeune qui rendit béate de bonheur la femme qui partage ses jours, pour reprendre des couleurs nécessitait une vengeance exemplaire et forte.

Elle semblait croquer à pleines dents dans ce bonheur qui l'a toujours fui.

Lui, il s'était hélas rendu compte qu'il n'y était pour rien. Lui, il n'avait que le gage et les soubresauts du devoir accompli. 

Quelques fois le devoir conjugal.

Très souvent les devoirs de parents.

Quand il lui sollicitait ses faveurs deux fois dans la semaine, il ressentait qu'elle ne mettait  contribution, son corps, comme élément de ce contrat qui unit sans véritable ligand. Sans complicité.

Ce contrat signé devant dieu,  les lois et la société. Ce contrat qui lie  sans unir ni créer de complicité.

Elle respirait soulagement et sérénité quand, en fin de mois, il se déplaçait pour aller travailler dans les  coins les plus reculés du pays.

Comme une sainte évidence, pour elle, l'air et l'atmosphère redevenaient plus sains, sans cette pollution expirée par son souffle et sa silhouette.

Avec moi, elle avait automatiquement retrouvé cette confiance pour établir la plus solide et la plus tendre des complicités.

Elle me disait tout.

Beaucoup plus de ce que je lui disais à elle. Même les choses les plus intimes,  capables de provoquer de la colère ou de la jalousie noire et aveugle.

Elle m'avait raconté le contour des ses rapports intimes. Les deux fois ou selon ses propres dires, elle était sollicitée.

Dans ses descriptions,  j'ai gardé des images d'un viol accepté et non consenti. Pour elle, le moment le moins désagréable arrivait à la fin. Quand, comme une prescription  médicale, il s’arrangeait pour  se débarrasser de son trop plein de sperme.

Souvent il a eu à s'aider de ses propres mains, penché sur le lavabo.

Loin de ressentir de la jalousie j'ai éprouvé de la haine contre lui. Je ne pouvais intégrer le fait qu'un homme continue à utiliser sexuellement une femme quand celle-ci ne met à contribution ni son âme, ni sin désir,  ni son corps.

Après des années,  la victime n'arrivait toujours pas à aimer ou sympathiser avec son bourreau.

Je ne comprenais pas non plus pourquoi il ne consentait pas à céder la liberté à cette femme qu'il dit aimer. Sans condition. Sans entraver sa marche vers l'avant pour le bien-être de cette enfant qui dans la réalité représentait tout ce qui les concernait les deux à la fois.

De mon côté, j'avais fini par faire l’impasse sur cette partie de sa vie. C'était sa vie privée. Je lui avais donc laissé le loisir de la gérer. Elle seule avait les arguments solides pour le faire. Comme formule, elle avait opté pour un système de fichiers indépendants.

Lors de nos rares rencontres clandestines, je fis preuve d'une compréhension amicale et paternelle quand je lisais dans son regard, cette sensation proche du mea culpa sur un visage en quête du pardon puis de rachat.

Elle m'avait aussi avoué posséder un temps de latence exprimé en semaine. Après un orgasme, le désir sexuel disparaissait pendant au moins une semaine. Je lui avais promis, la main sur le cœur,  que je pouvais faire sauter en éclats son foutu temps de latence.

A SUIVRE....

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