L’art, gardien de l’identité culturelle de l’amour

Qu’est-ce que c’est l’art ? Qu’est-ce que c’est l’amour ? Doit-on se mettre à chercher l’art dans l’amour ou l’amour dans l’art ? Si l’on se réfère à l’écrivain britannique de culture française, William Somerset Maugham, qui disait : « Seuls l’amour et l’art rendent l’existence tolérable », il paraît évident de se demander s’ils sont les deux seules entrées pour envisager une existence tolérable.

Publié le 2020-02-13 | Le Nouvelliste

Le quatorze février est la date de la célébration de l’amour. Les hypothèses sur l’origine de la fête des amoureux restent nombreuses. Cependant, sans plonger dans l’histoire dite païenne avant de devenir chrétienne de cette fête, d’après une version vraisemblable qui remonte à l’antiquité, la Saint-Valentin était d’abord une véritable célébration de la reconnaissance et de la fécondité.

De la fécondité à l’amour aujourd’hui comment appréhender cette spirale dans le contexte haïtien d’aujourd’hui ? Avec la recrudescence de l’insécurité qui gagne le pays, la faim chronique dont souffre une grande majorité de ce peuple, les problèmes sociaux, politiques et éducatifs, les gens qui s’entretuent, pourquoi parler de l’amour et de l’art ?

A cette simple question, une réponse simple. L’écrivain britannique de culture française, William Somerset Maugham, disait : « Seuls l’amour et l’art rendent l’existence tolérable ». La littérature, la peinture, la sculpture, des œuvres dramatiques et l’histoire de l’art nous aident à mieux appréhender nos émotions et des sensibilités artistiques évoquant l’amour.

Dans le prisme de cette idée, une peintre contemporaine haïtienne, une femme qui expose des œuvres picturales nous parlent du sentiment amoureux, clef pour interpréter les figures féminines de ses tableaux. L’amour et la couleur rose prédominante ravivent des souvenirs.

 

Retour sur une peintre atypique : Pascale Faublas

Pascale Faublas est une artiste haïtienne qui travaille et vit en Haïti. En avril 2019, elle nous a conduit dans le sillage de son travail où une quinzaine de tableaux de différents formats rendant hommage aux figures créatives et aux battantes de l’art ont été accrochés au mur de l’Institut Français en Haïti, en vue de souligner la richesse et la représentation féminine. « Fanm », le titre de l’exposition des figures féminines traduit une philosophie de l’éros dans l’art.

En effet, des œuvres éclairantes présentées à titre indicatif sur la vie de nos aïeules sont utilisées comme une allégorie représentant le désir et les pulsions sexuelles ou de la vie. L’exposition avait pour ambition de magnifier des figures féminines célèbres ou anonymes à travers le regard de l’art contemporain. Le travail de l’artiste, qui se situe généralement à mi-chemin entre l’artisanat et la création plastique contemporaine, fut la première partie d’une série consacrée à la féminité. Sa peinture vivante et en action attire le regard et plonge dans une démarche artistique où se mêlent l’imagination et la fidélité aux éléments fournis par la réalité extérieure. Un questionnement sur le statut de la créatrice depuis la simple maîtrise de la technique picturale jusqu’à la femme artiste.

 

Mise en scène de récits mémoriels de femmes religieuses, contestataires, parfois radicales, souvent courageuses

 L’esprit créateur de la peintre, qui avait déjà réalisé une première exposition individuelle en 1992, explore un sujet de plus en plus d’actualité dans les discussions. Une analyse de l’histoire féminine à travers le prisme de plusieurs archétypes de femmes. Pour celle qui a tourné dans le film Ayiti mon amour de Getty Félin en 2016, cette série de créations aborde des attributs féminins ancrés dans notre culture. « Parler de la problématique de Fanm me semble infinie » affirme Pascale Faublas, avant de souligner que cette exposition se nourrit dans des dictons et des proverbes haïtiens qui font mention de la femme. Il s’agit non seulement de donner la parole à ces femmes de l’ombre, mais aussi leur offrir un espace de liberté posthume. La création de Pascale Faublas communique l’émotion féminine, celle qui accompagne les femmes en général dans notre société et dans le monde. « Voilà pourquoi je parle, par exemple, d’Ève dans la culture judéo-chrétienne, et dans la nôtre de Fréda, de Fanm Pa Dra, de Fanm se Potomitan et de Fanm pa lavyèj. »

Dans sa démonstration qui consiste à voir les sujets féminins, l’attitude des femmes, l’usage qu’on en fait, l’artiste évoque les clichés que subissent le sexe féminin. « Par exemple, on dit qu’une femme doit être belle et mère. C’est pour cela que je parle de la maternité à travers Maman Zanfan. » Aussi la couleur rose qu’on attribue aux femmes qui fait controverse dans le débat féministe aujourd’hui est représentée dans ses tableaux, car pour Pascale Faublas, Fréda, une femme qui aime les femmes, est dans notre culture une loa, une énergie féminine, une belle femme qui s’habille avec le rose. Tout ceci pour montrer que l’image de la femme reste parfois prisonnière de stéréotypes tenaces.

Création humaine

Création de l’esprit pour l’un et manifestation des sentiments pour l’autre, les possibles liens entre l’art et l’amour se révèlent à nous et à notre sensibilité. L’œuvre d’art doit être en mesure de nous faire oublier le particulier pendant que nous sommes en train de l’examiner. Ainsi, Henri Bergson cité par Dominique Ottavi dans le texte intitulé « L’art », voit une perception étendue dans cette technique. L’artiste donne accès à la réalité même par des images dites vraies. Notre perception, notre sensibilité restent une sorte d’image moyenne de la réalité. Ce qui est représenté (l’image) effectivement est plus vaste que ce que le langage peut décrire et ce que la raison peut identifier de la réalité. Ainsi, notre conscience englobe la totalité du moment vécu avec sa série d’émotions et de sentiments. L’artiste, de prime abord, qui n’impose pas sa vision, joue donc un rôle de révélateur au sens de sources d’inspiration et d’éducateur en ce qui a trait à la provocation d’un regard attentif sur un objet ou un symbole. Finalement, l’art en tant que miroir social de notre époque, vient toujours nous interroger. C’est en tout cas ce qu’a essayé de faire Pascale Faublas en mettant à nu les évolutions féminines. Tout de même, faut-il se demander s’il faut archiver une date pour célébrer l’amour. L’amour est-il commercialisé de nos jours que ce soit sur le marché artistique des représentations ou sur le marché de consommation stricto sensu ? Et qu’en pensez-vous de cette pratique d’offrir du chocolat à son amoureux ? Pourquoi attribuer une couleur à l’amour ? Quelle philosophie de l’amour que l’art peut-il apporter pour les minorités sexuelles exclues, notamment la communauté LGBT ? Avec leur drapeau de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, une certitude peut se révéler à nous : l’art comme vecteur de communication et de langage peut être l’identité culturelle de l’amour. Ce dernier est peut-être un amalgame d’intéressantes et de curieuses couleurs.

Qu’en pensent les féministes de tout ça ?

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Source: https://lenouvelliste.com/article/212315/lart-gardien-de-lidentite-culturelle-de-lamour

Auteure: Eunice Eliazar

Vendredis littéraires : réouverture timide, mais prometteuse

Après la traditionnelle fermeture annuelle, qui paraissait une longue attente pour les dilettantes et professionnels de l’écriture fréquentant ce milieu, les Vendredis littéraires de l’Université Caraïbes a repris du service. Le vendredi 6 septembre 2019, une soirée ponctuée de textes et de chansons tenue au centre Anne-Marie Morisset a amplement renouvelé le désir de « se réfugier quelquefois dans des chansons et des poèmes devant l’échec du politique », comme l’écrivait Lyonel Trouillot dans son roman Kannjawou.

Publié le 2019-09-09 | Le Nouvelliste

 

À quelques jours de la rentrée scolaire, les Vendredis littéraires, créés en 1994 par l’écrivain Lyonel Trouillot, ont redémarré. Malgré la conjoncture politique actuelle, la pénurie de carburant que le pays connait et la semaine assez tendue qui vient de s’écouler, une vingtaine de personnes ont fait le déplacement pour remplir les chaises qui sont restées vides, depuis le congé annuel de cet espace littéraire au mois d’août dernier.  Avec une programmation variée et de qualité, l’organisation de cette soirée était sans faille. En compagnie de Roldy, Wooly Saint-Louis et quelques habitués de ce moment de poésie, de chansons et de partage, le petit public familier a salué ce retour spécial, vu les circonstances accablantes dans lesquelles se trouve le pays ces derniers mois.

 Timidement, l’artiste Roldy a débuté la soirée avec un poème -mis en musique -, de Bonel Auguste provenant de son recueil de poésies «Nan dans fanm». La première graine a été semée. Elle a germé et a porté ses fruits avec un Wooly Saint-Louis qui s’est mis au diapason pour offrir une soirée simple et prometteuse. Des lectures faites par les personnes présentes, on se souviendra du tonitruant passage de Lyonel Trouillot qui nous faisait découvrir un texte de Bernard Dimey intitulé: « Quand on a rien à dire».

L’ambiance de la soirée, pour la plupart musicale, malgré une programmation pour séduire le public d’un vendredi soir, a tant bien que mal fait frissonner la petite assemblée. Mais ce n’était pas assez pour que la situation soit optimale, d’autant que la pluie était de la partie.

« Quand on n'a rien à dire et du mal à se taire

 On peut toujours aller gueuler dans un bistrot

Parler de son voisin qui n'a pas fait la guerre

Parler de Boumédiène et de Fidel Castro

Parler, parler, parler... pour que l'air se déplace

Pour montrer qu'on sait vivre et qu'on a des façons

 Parler de son ulcère ou bien des saints de glace

Pour faire croire aux copains qu'on n'est pas le plus con », extrait de: « Quand on a rien à dire» de Bernard Dimey.

Auteur: Eunice Eliazar

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